Immunothérapie : 3 questions au Dr Maurice Pérol

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Vous vous posez des questions sur l'immunothérapie ? Le Dr Maurice Pérol répond à nos questions.

Immunothérapie : 3 questions au Dr Maurice Pérol Immunothérapie : 3 questions au Dr Maurice Pérol 2018-08-23T11:32:43+02:00 2026-05-21T16:23:55+02:00 /sites/default/files/2018-08/cellule-image.jpg

Questions à l'expert : l'immunothérapie

Maurice Pérol, oncologue médical, spécialiste des tumeurs thoraciques, répond à nos questions

Dr Maurice Pérol

Depuis quelques années, l’immunothérapie revient sur le devant de la scène pour le traitement des cancers.

Chaque année, à l’occasion des grands congrès mondiaux celui de la Société américaine d’oncologie qui a lieu chaque année à Chicago ou celui de la Société Européenne, le nombre de communications traitant de cette thérapie va croissant. Au Centre Léon Bérard, de nombreux essais sont ouverts aux inclusions, notamment pour la prise en charge des cancers digestifs.

 

On parle de révolution de l'immunothérapie dans le traitement des cancers, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Dr Maurice Pérol : L'immunothérapie diffère des autres traitements du cancer par le fait qu'elle ne cible pas directement les cellules cancéreuses mais le système immunitaire du patient. Les traitements utilisés actuellement visent à libérer ou rétablir l'action développée par le système immunitaire du patient contre sa tumeur, afin de la réduire, voire de l'éliminer du fait de la "mémoire" propre au système immunitaire capable de reconnaître et d'éliminer une éventuelle résurgence des cellules cancéreuses. Nous vivons actuellement le début d'une véritable révolution thérapeutique qui devrait toucher à terme de nombreux types de cancer, grâce au développement de nombreux médicaments visant à utiliser les propres défenses immunitaires du patient pour lutter contre la tumeur. 

Quelles sont les spécificités de l'immunothérapie ?

Les traitements récemment développés cherchent à inhiber le contrôle qu'exercent les cellules cancéreuses sur le système immunitaire du patient. Ce faisant, il est possible d'obtenir des réductions tumorales importantes, parfois des rémissions qui sont beaucoup plus prolongées que celles obtenues par les traitements traditionnels.

Malheureusement, seule une proportion encore minoritaire des patients répond à l'immunothérapie (ce sont les patients dont le système immunitaire reconnaît effectivement les cellules cancéreuses comme étrangères à l'organisme et cherche à les détruire) et nous travaillons actuellement à augmenter cette proportion. La tolérance des traitements est en règle générale bonne bien qu'une minorité de patients peut voir apparaître des réactions appelées "auto-immunes", signifiant que la stimulation excessive du système immunitaire peut entraîner des dommages sur les propres organes du patient.

Dans quels types de cancer est utilisée l'immunothérapie et à quel stade de la maladie ?

Actuellement, l'immunothérapie est utilisée en pratique courante dans le traitement des stades avancés des mélanomes et des cancers du poumon. Elle est développée dans de nombreuses autres tumeurs telles que les cancers du rein, les cancers de vessie, les cancers ORL, la maladie de Hodgkin, les cancers du sein… et devrait à terme jouer un rôle majeur dans la prise en charge de la majorité des tumeurs, y compris dans les stades plus précoces.

En savoir plus : Lexique de l'immunothérapie en cancérologie

Mutations : anomalies génétiques qui sont capables de transformer une cellule normale en une cellule cancéreuse ; le nombre et le type de ces mutations varie d’un cancer à l’autre. Cela peut expliquer des différences d’efficacité des traitements.

Immunogènes : Capables d’être reconnus par le système immunitaire et donc d’entrainer une réaction de défense du système immunitaire contre les cellules cancéreuses.

Déficience des gènes de réparation des mésappariements de l’ADN (dMMR) : Dans l’ADN de chaque cellule, il existe des gènes qui sont chargés de contrôler l’absence d’erreur lors de l’assemblage de l’ADN (« les mésappariements »). En cas d’erreur identifiée, une cellule normale est capable d’interrompre son activité pour réaliser les réparations nécessaires ; une cellule normale est même capable de s’autodétruire si les réparations ne peuvent être corrigées. Certaines tumeurs peuvent présenter des déficiences de ces gènes de surveillance et de réparation de l’ADN : on appelle cela la « déficience des gènes de réparation des mésappariement » ou « dMMR » (acronyme anglais pour deficient MisMatch Repair).

Instabilité microsatellite (ou MSI) : le statut MSI est recherché sur des biopsies d’une tumeur ou sur une pièce opératoire et correspond à l’accumulation d’anomalies visibles sur l’ADN en raison d’une déficience des gènes de réparation des mésappariements de l’ADN (dMMR)