ESSAI PAOLA-1 : de nouvelles observations porteuses d’espoirs présentées au congrès de l’ESMO

ovaire

Le congrès annuel de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO) s’est tenu du 9 au 13 septembre dernier à Paris. À cette occasion, le professeur Isabelle Ray-Coquard, cancérologue spécialiste des cancers gynécologiques au Centre Léon Bérard, y a présenté les derniers résultats de l’essai PAOLA-1, dont elle est la coordinatrice internationale.

Cet essai montre les effets positifs d’une thérapie ciblée* dans le traitement de patientes récemment diagnostiquées d’un cancer de l’ovaire à un stade avancé.

Nous l’avions rencontrée en 2020, peu après la clôture de cette étude, à laquelle 806 patientes avaient participé, venant de 11 pays différents.

À cette époque, les résultats de l’étude étaient déjà très positifs. En effet, un bénéfice de cette nouvelle thérapie en combinaison avec du bevacizumab (un anticorps monoclonal) sur le taux de survie sans rechute avait été observé chez les patientes atteintes de tumeurs HRD-positif* (un certain point de faiblesse de la tumeur).

Une autorisation de mise sur le marché avait donc été donnée en 2020 pour ce traitement.

Grâce à cette étude, on peut proposer aujourd’hui cette combinaison à 50 % des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire à un stade avancé dans le monde (les patientes restantes n’étant pas concernées par ce traitement du fait des spécificités de leur cancer).

Cette année, au congrès annuel de l’ESMO, devant les spécialistes en cancérologie du monde entier, le Professeur Ray-Coquard a annoncé un bénéfice sur la survie globale de patientes souffrant d’un cancer de l’ovaire ayant un test HRD-positif et un stade avancé, en première ligne. Une découverte pleine d’espoir pour toutes les patientes souffrant de cette maladie.

 

* Thérapie ciblée : un médicament anticancéreux qui vient cibler des molécules spécifiques, à l'intérieur ou sur les cellules tumorales. On parle alors de thérapeutique de précision, qui viennent viser précisément des cibles, présentes exclusivement ou en grande partie sur les cellules cancéreuses.

*Tumeurs HRD-positif : Il s'agit de tumeurs ayant un défaut de la recombinaison homologue ou déficit des voies de la réparation de l'ADN. Cela rend ces tumeurs plus sensibles à certains traitements. Les mutations BRCA font partie notamment de ces HRD

L’ETUDE PAOLA-1 EN BREF

L’objectif ambitieux de l’essai PAOLA-1/ENGOT-ov25 était de proposer une nouvelle thérapie ciblée à toutes les femmes atteintes d’un cancer épithélial de haut grade de l’ovaire.

Les résultats ont fait l’objet, en 2019, d’une publication dans la prestigieuse revue médicale The New England Journal of Medicine.

L’analyse statistique des données a été réalisée par le pôle bio statistiques de la Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation du Centre Léon Bérard.

806 patientes nouvellement touchées par un cancer de l’ovaire de stade avancé et qui bénéficiaient d’une chimiothérapie ont participé à cet essai international.

Toutes recevaient du bevacizumab en traitement de maintenance, un anticorps monoclonal utilisé dans le traitement de différents cancers.

En association à ce traitement, les patientes incluses dans cet essai ont été réparties aléatoirement pour recevoir pendant un maximum de 24 mois :

  • soit la thérapie ciblée testée sous forme de comprimés d’olaparib (l’olaparib fait partie de la famille des inhibiteurs de PARP, une enzyme agissant sur la réparation de l’ADN) ;
  • soit un placebo.

Les résultats de l’étude PAOLA-1 ont alors montré un avantage clinique important de l’olaparib sur le taux de survie sans rechute chez les femmes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé nouvellement diagnostiqué. Ce résultat a entraîné un changement des pratiques au niveau mondial, puisque cette thérapie ciblée est à présent proposée à 50 % des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire, grâce à l’autorisation de mise sur le marché obtenue suite à cette étude.

Cancer de l'ovaire : en savoir plus

Le cancer de l'ovaire est un cancer rare, qui touche chaque année 5000 femmes en France. Ce cancer est malheureusement souvent détecté à un stade avancé et 3500 femmes en décèdent. Plus d'infos sur le cancer de l'ovaire.

LES ACTUALITÉS DE L’ETUDE PAOLA-1

3 ans après ces résultats accompagnés de changements de pratiques au niveau mondial, un nouveau bénéfice a pu être observé.

En effet, le bénéfice sur le taux de survie sans rechute est désormais soutenu par un bénéfice en survie globale, sur une partie de la population de l’étude (HRD-positif).

C’est un véritable raz de marée, car cela faisait 25 ans que l’on n’avait pas observé un bénéfice en survie globale dans le cancer de l’ovaire, en première ligne.

5 ans après l’étude, 66 % des patientes qui avaient reçu le traitement de thérapie ciblée étaient toujours en vie, contre 48 % pour celles qui avaient reçu le placebo.

Cette thérapie a aussi permis une baisse de 38 % du risque d’évolution de la maladie ou de décès par rapport à l’autre groupe.

Enfin, le pourcentage de patientes n’ayant pas rechuté après 5 ans est de 46 % soit plus de 2 fois supérieur au pourcentage du groupe qui n’a pas reçu cette thérapie.

De plus, il a été démontré que ce traitement par thérapie ciblée n’aggravait pas le risque de toxicité chez les patientes.

La recherche clinique développée en France via le Centre Léon Bérard et sa collaboration avec le groupe GINECO*, a permis de changer les pratiques et de donner accès à de nouveaux traitements plus efficaces, à des patientes atteintes d’un cancer de très mauvais pronostic.

Elle a aussi mis en évidence l’importance majeure d’identifier ces patientes dites HRD+ le plus rapidement possible. Les équipes de recherche du CRCL (Centre de Recherche en cancérologie de Lyon) travaillent actuellement sur une optimisation de ces tests moléculaires pour permettre d’identifier plus de patientes pouvant profiter de cette avancée médicale significative.

Cette avancée majeure a été rendue possible grâce à la collaboration de tous les acteurs impliqués dans cette étude.

* Groupe coopérateur spécialisé en recherche clinique et translationnelle dans le domaine des cancers de la femme (cancers gynécologiques et cancer du sein métastatique).

« Lorsque l’on m’a proposé de participer à l’essai PAOLA-1, j’ai immédiatement accepté. Face à la maladie, cela me permettait de prendre part activement à la recherche contre le cancer. En effet, seul le travail des médecins et des chercheurs peut permettre de trouver des traitements innovants pour guérir les cancers de l’ovaire à un stade avancé. Je ne savais pas vraiment où cela allait me mener, mais je suis restée positive et participer à cet essai m’a réellement aidée à affronter la maladie. J’ai été très bien accompagnée tout au long du traitement. Je considère que j’ai eu énormément de chance d’être incluse dans cet essai. Aujourd’hui, j’estime que la recherche contre le cancer m’a sauvé la vie. »