Portrait de Christelle Galvez, nommée Femme de Santé 2021

Galvez Christelle

Nommée "Femme de santé 2021" avec 12 autres professionnelles engagées, Christelle Galvez, directrice des soins au Centre Léon Bérard, nous partage son parcours, ses réussites, mais aussi les moments les plus difficiles de sa carrière. Une interview à coeur ouvert.  

Pouvez-vous présenter et nous en dire plus sur votre parcours ?

Je m’appelle Christelle Galvez, et j’occupe le poste de directrice des soins infirmiers au Centre Léon Bérard depuis 8 ans.

Je suis aujourd’hui une femme de 41 ans et j’ai 4 enfants. Mon parcours a commencé en région parisienne, c’est là où j’ai grandi bien que je sois née en Suisse. C’est à l’âge de 16 ans que j’ai commencé à travailler pour « Pizza Hut » pour des raisons familiales. J’ai d’abord été employée polyvalente puis j’ai évolué jusqu’à cheffe d’équipe. A la suite de cela, ma carrière dans le domaine médical a débuté... J’ai commencé en étant aide-soignante puis infirmière dans plusieurs d’établissements parisiens, j’ai principalement exercé dans une clinique privée, la clinique Turin dans le 8e arrondissement de Paris. C’est en 2002 que j’ai obtenu mon diplôme d’infirmière, et en 2004 que j’ai intégré le bloc opératoire où j’ai travaillé en salle de réveil ainsi que sur les plateaux techniques. En 2005, toujours à la clinique Turin, j’ai pris des fonctions de manager, ce qui m’a emmené en 2008 à intégrer une école de commerce Toulousaine en alternance pendant 2 ans. J’ai donc pu obtenir un mastère à l’ESC de Toulouse en management d’établissement de santé qui m’a permis en 2010 de devenir directrice des soins au sein de mon établissement jusqu’en 2012.

Dans le cadre de mes fonctions de directrice, j’ai rapidement compris qu’il me manquait un axe de compréhension pour servir aux mieux les équipes médico soignantes : la place du facteur humain dans nos organisations de soins (la pertinence de nos communications, le partage de la conscience de la situation, la gestion de la surcharge…). J’ai donc en 2010, décidé d’aller m’immerger dans les centres de formations et simulations en santé aux États-Unis aux université de Stanford et Berkeley. En 2011 ce fut une évidence, en association avec un médecin, nous devions créer un centre de formation et de simulation en France dédié à la promotion du travail en équipe médico/soignante/adm. Je me suis largement inspirée de mes immersions au sein de l’armée de l’air et de leurs formations Crew Ressources Management pour les pilotes, contrôleurs aériens, mécaniciens, issues des travaux de l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées (l’IRBA).

Suite à toutes ces expériences, je suis arrivée sur Lyon puis en 2013 au Centre Léon Bérard. Ce fut un vrai choix, le centre m’a autant choisi que je l’ai choisi ! J’ai eu une l’intuition que je pourrai investir ma mission de directrice des soins en y intégrant également les dimensions de recherche et de l’enseignement... Cela fait donc 8 ans que j’ai découvert des professionnels engagés, passionnés, parfois fatigués mais avec le soucis permanent de rendre service et prendre soin du patient. Chacun avec leurs expertises professionnelles et aussi toutes leurs humanités. Je suis honorée de travailler à leurs côtés.

Qu’avez-vous appris de plus important lors de votre parcours ?

Tout d’abord, j’ai appris à me connaitre, mes forces comme mes faiblesses et ce qui me coûte comme ce qui est simple et efficace pour moi. Cela m’a permis de réellement travailler avec le corps médical, paramédical et administratif en reconnaissant en chaque professionnel et chaque métier son expertise, son ambition, son humanité, ses contraintes et sa complémentarité avec les autres. J’ai découvert ainsi la puissance du collectif medico-soignant qui permet la synergie pour sécuriser des parcours patients et porter ensemble des projets structurés et structurants. Aujourd’hui encore plus d’hier, l’équipe médico-soignante permet de venir travailler même avec l’ambiance actuelle avec l’envie d’œuvrer ensemble pour plus grand : lutter ensemble contre le Cancer.

Quels sont vos projets au Centre Léon Bérard ?

Avec le Dr Zrounba, directeur des affaires médicales du Centre Léon Bérard, nous ne manquons pas d’idées mais surtout nous cherchons ce qui pourrait donner plus de sens à nos missions et plus d’efficacité au quotidien. D’ailleurs nos divers déménagements passés et futurs vont dans ce sens, ils tentent de répondre aux besoins liés aux problématiques actuelles et à venir. Tout cela est permis grâce à l’action d’un collectif managérial investi dont je suis très fière. La multitude des échanges entre nous soignants, a permis le développement de projets comme « Vis ma vie », « les fiches d’ambiance » et « journée bien être ».

Nos échanges avec les patients ont permis eux la création de groupes comme « regards croisés » et l’amélioration des parcours avec la mise en place de 17 infirmiers de coordination, 1 infirmier en pratique avancé et un programme d’éducation thérapeutique personnalisé. Nous avons aussi avec les autres directions et équipes, des projets en cours ou aboutis comme la valorisation des parcours soignants, les carafes à la place des bouteilles d’eaux, la création de la relève soignante dans le DPI (les Rh, la communication, la logistique, la pharmacie, l’informatique, les finances…).

Libérer la créativité des équipes permet aussi réaliser des projets : comme les relèves au lit du patient, développer l’interculturalité et l’utilisation des casques à réalité virtuelle, l’implémentation de consultation infirmière avant les poses de voie veineuse centrale par ces dernières.

Nous expérimentons beaucoup au Centre Léon Bérard de nouvelles façons de travailler ensemble et avec les patients. Les prochains projets sont également avec les manipulateurs en radiothérapie des différents départements dont j’ai depuis peu la responsabilité pour construire un climat de confiance et de partage.

J’ai également découvert de nouveaux acteurs incontournables de la prise en charge des patients comme les professionnels de ville. Des nouvelles questions s’ouvrent à nous, comment soutenir ce nouveau collectif et permettre une synergie entre nos équipes au Centre comme celle du domicile pour une coordination sans rupture entre nous, pour le patient. Les projets d’Article 51 sont venus soutenir et concrétiser notre volonté de construire ensemble en s’appuyant sur la réussite de la mise en place du service d’hospitalisation à domicile il y a quelques années. Ces projets sont soutenus et co-construits par une équipe pluridisciplinaire du CLB, ainsi que de ville avec les Union régionale des professionnels de santé (URPS) et avec le soutien de l’Agence régionale de santé (ARS) où chacun à trouver sa place et son expertise dans le parcours de soins. Nous avons ensemble donc mis en place des parcours, où le rôle de tous à clairement été identifié, afin de permettre à des patients, un retour et un suivi à domicile encadré et sécurisé notamment par les acteurs de ville, comme les infirmiers et les médecins libéraux et pharmaciens d’officine.

Le collectif Femmes de santé

Femmes de Santé est le premier collectif pluriprofessionnel de femmes qui ont une activité dans le secteur de la Santé, fort de plus de 900 membres. 
Il a pour objectif de :

  • remettre de l'humain au cœur du système de Santé, 
  • promouvoir l’expertise et les actions initiées par les femmes dans le secteur de la Santé.

Chaque année, ce sont 13 femmes qui sont mises en lumière au travers de leurs initiatives de santé utiles et humaines. 
 

Qu’aimez-vous le plus dans votre métier ?

Ce que j’aime le plus dans mon métier c’est aller à la rencontre de l’autre, de son métier, de son engagement, et coconstruire. Pour cela je crois que nous devons tous apprendre à prendre soin de soi pour prendre soin des autres. Moi-même j’apprends au quotidien. Pour être honnête ce qui me fait le plus plaisir c’est de voir mes équipes en bonne santé, avec des rires et de la solidarité entre eux et pleins d’idées pour faire mieux ensemble. Je suis alors persuadée que les patients sont mieux soignés.

Quel est le plus difficile dans votre métier ?

Le plus dur dans mon métier, c’est la solitude, celle des patients et des soignants. C’est difficile de voir nos équipes parfois très fatiguées, surtout après une période comme celle du COVID. J’aimerai leur offrir un climat plus serein, sans toutes ces « fake news » qui viennent briser notre lien de confiance mutuel. L’agressivité envers les soignants, l’individualisme et ces tensions sont toujours très regrettables et représentent la partie la plus difficile pour moi.

En quelques mots, parlez-nous de vos passions ?

Ma passion c’est les autres, à commencer par ma famille, passer du temps avec mon mari, voir grandir nos enfants et partager du temps avec nos amis après ces mois particuliers liés à la crise sanitaire ! Ma passion passe par la danse, les rencontres imprévues, les voyages insolites, j’aime particulièrement la France avec tous ses trésors culturels, gustatifs et olfactifs. Finalement ma passion c’est aussi avoir de nouvelles idées.

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