Système immunitaire et microbiote : Zoom sur l'essai Colon-IM

M.S & J.M.

À l’occasion de mars bleu, mois dédié au dépistage du cancer colorectal, nous avons rencontré le Dr Matthieu Sarabi, gastroentérologue au Centre Léon Bérard, et le Dr Julien Marie, chercheur au Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL), basé sur le site du Centre Léon Bérard.

Ils travaillent sur un projet commun : Colon-IM. Cet essai clinique, promu par le Centre Léon Bérard et dont le Dr. Sarabi est l’investigateur principal, est un parfait exemple des bénéfices qu’offre le Centre Léon Bérard en rapprochant sur un même site, un centre de recherche et un hôpital. Plusieurs équipes regroupant médecins, chirurgiens et chercheurs, parmi lesquels le Dr Matthieu Sarabi et le Dr Julien Marie, travaillent main dans la main pour comprendre les mécanismes impliqués dans la formation des cancers du côlon, dans le but d’améliorer les méthodes de diagnostic et de traitement.

PRESENTATIONS

Dr. Matthieu Sarabi : « Je suis gastroentérologue au Centre Léon Bérard (à ce titre impliqué dans le traitement des cancers digestifs, dont le cancer colorectal) et également en thèse de sciences sous la direction du Dr Marie-Cécile MICHALLET au Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL), dans l’équipe « Immunosurveillance du cancer et ciblage thérapeutique » (dirigée par le Dr Christophe Caux). Nous étudions comment le système immunitaire peut influencer le développement des cancers, et plus précisément dans mon cas, la carcinogénèse colorectale (la formation d'un cancer du côlon ou du rectum). »

Dr. Julien Marie : « Je suis directeur de recherche à l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), et dirige l’équipe « TGF-beta et réponse immunitaire ». Je suis également directeur du département TERI du CRCL (Echappement Tumoral, Résistance et Immunité). J’étudie (entre autre) le cancer du côlon d’un angle immunologiste, c’est-à-dire comment les cellules de notre système immunitaire influencent le développement de ce cancer. Mes recherches portent notamment sur les bactéries qui forment notre microbiote intestinal et la réponse de nos cellules immunitaires à ces bactéries dans le développement du cancer du côlon. »

EN QUOI CONSISTENT VOS RECHERCHES COMMUNES, À TRAVERS LE PROJET COLONIM ?

Dr. Matthieu Sarabi : « À travers ce projet, nous réunissons un réseau de chercheurs du CRCL dont le but est de comprendre quels sont les facteurs qui conduisent au développement d’un cancer du côlon, en comparant les éléments clés de l’environnement microscopique colique (= du côlon). Ce microenvironnement comporte notamment des cellules cancéreuses, mais aussi des cellules immunitaires, ou encore le microbiote (ensemble des micro-organismes présents – bactéries, virus, parasites). Pour faire ces recherches, nous avons accès à des prélèvements à différentes étapes du développement d’un cancer : des échantillons de côlon « sain », de polypes (lésions précancéreuses) et de cancer du côlon (voir schéma ci-dessous). Il s’agit d’échantillons de côlon issus de patients volontaires et soignés au Centre Léon Bérard ou à l’Infirmerie Protestante. Les patients qui acceptent de participer à cette étude contribuent de manière importante à l’avancée de la recherche en nous autorisant l’étude de ces échantillons. »

Dr. Julien Marie : « Nous voulons expliquer par nos recherches les mécanismes impliqués dans la formation du cancer du côlon en partant du stade « sain », au stade intermédiaire, puis au stade de tumeur. Sur chaque échantillon prélevé, on peut la plupart du temps observer ces trois stades. Nous comparons donc les cellules et bactéries présentes à chaque stade. Nos recherches sont focalisées sur 2 types de globules blancs : les Neutrophiles pour l’équipe du Dr. Matthieu Sarabi et les Lymphocytes-T pour la mienne ».

QUELS SONT VOS OBJECTIFS ?

Dr. Julien Marie : « Nous souhaitons favoriser un diagnostic plus précoce de ce type de cancer. En effet, plus le cancer du côlon est détecté tôt, mieux il se soigne. Or, lorsque l’on observe les premiers symptômes évocateurs comme la présence de traces de sang dans les selles du patient, le stade de la maladie peut déjà être bien avancé. De plus, ces traces de sang peuvent aussi traduire de nombreuses autres pathologies, comme les hémorroïdes, ce qui peut retarder le diagnostic. L’autre méthode est la coloscopie, mais il s’agit d’une intervention invasive et qui nécessite une hospitalisation en ambulatoire. Le but de cette étude est donc de chercher des solutions pour permettre un diagnostic plus fiable, plus rapide, et moins invasif. Dans l’idéal, nous aimerions pouvoir analyser l’environnement autour du polype ou de l’échantillon d’un patient, observer les bactéries présentes et prévoir ainsi chez d’autres patients, la formation d’une tumeur à un stade précoce en se fiant à l’analyse des selles et aux bactéries qu’on retrouve. »

Dr. Matthieu Sarabi : « En effet, sur 1000 polypes, 25 vont évoluer vers la formation d’un cancer. Nous souhaitons découvrir pourquoi et par quels mécanismes le processus de cancérisation s’arrête le plus souvent au stade précancéreux, alors que dans d’autre cas, il poursuit son évolution vers un cancer. Nous espérons découvrir les paramètres clés de la cancérisation qui constitueraient sans aucun doute autant de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles, pour réactiver dans le futur le système immunitaire et lui rendre sa fonction protectrice face aux cellules cancéreuses. Mais nous souhaitons aussi découvrir de nouveaux outils de diagnostic et de dépistage, tout aussi précieux pour la prévention des cancers colorectaux. »

QUELS SONT SELON VOUS LES AVANTAGES DU CONTINUUM SOINS/RECHERCHE ?

Dr. Julien Marie : « Il y a de vrais bénéfices à ce que chercheurs et médecins soient basés sur un même site et travaillent en collaboration, comme c’est le cas ici. La recherche fondamentale se fait directement au bénéfice du patient. Grâce à la crise sanitaire et aux recherches sur le vaccin contre la Covid-19, la population a compris qu’investir dans la recherche était important pour développer de nouveaux traitements. La recherche de transfert est primordiale dans la lutte contre le cancer. »

Dr. Matthieu Sarabi : « En effet, la collaboration des différents acteurs - je pense aux patients, aux médecins, aux chirurgiens et aux différentes équipes de chercheurs - implique un vaste travail de coordination nécessaire pour aborder de différente manière la problématique du cancer colorectal, qui reste une situation complexe. Seule la mutualisation des compétences nous permettra des avancées significatives. Plus globalement, la recherche translationnelle est un enjeu pour enrichir mutuellement la recherche clinique (au chevet du patient) et la recherche fondamentale (à la paillasse du laboratoire). Enfin, sur le site du Centre Léon Bérard, chaque équipe de recherche impliquée activement dans le projet Colon-IM explore des pistes différentes du développement du cancer du côlon. Nous pouvons bénéficier des mêmes échantillons pour nos recherches et le partage de nos découvertes est bénéfique pour chacune des équipes. »

  • Les cancers colorectaux en chiffres source : INCA 2018
    • 2ème

      cancer le plus fréquent chez la femme

    • 3ème

      cancer le plus fréquent chez l'homme

    • 17 100

      décès en France

    • 43 300

      nouveaux cas en France

    • Dans 9 cas sur 10

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