Face aux difficultés de traitements de certains cancers de l'ovaire, une équipe de recherche du Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL), basé sur le site du Centre Léon Bérard, a décidé d’explorer une piste originale : les rétrovirus endogènes humains (HERVs).
Les HERVs sont des fragments d’anciens virus, intégrés au génome humain (notre patrimoine génétique). Ils représentent 8 % de notre génome. Il s'agit de vestiges d'infections rétrovirales exogènes survenues il y a des millions d'années chez les primates.
Ils ne sont habituellement pas actifs, mais peuvent être réactivés de manière « anormale » dans certaines maladie, comme le cancer par exemple. Les HERVs pourraient donc être une cible pour le système immunitaire, commune entre patients et partagée entre différents types de tumeurs, dont les plus difficiles à traiter.
Dans une étude publiée il y a quelques mois dans la revue Journal for ImmunoTherapy of Cancer, l’équipe du CRCL, sous la direction du Pr Stéphane Depil, a mis en place une approche combinant analyses génétiques et immunologiques.
Ce travail a permis d’identifier et de tester de nouvelles cibles potentielles dérivées des HERVs.
Le séquençage ARN a en effet révélé une plus grande expression d'HERV-K (une famille de rétrovirus endogènes humain) dans les cancers de l’ovaire par rapport aux tissus sains. La protéine virale HERV Gag a aussi été détectée dans ces cancers alors qu’elle est absente dans les tissus sains.
Ensuite, l’équipe est parvenue à démontrer que des fragments de ces protéines apparaissaient bien à la surface des cellules cancéreuses, ce qui les rend détectables par le système immunitaire (lymphocytes T). De fait, des lymphocytes T reconnaissant ces cibles étaient présents naturellement dans les tumeurs.
Il a été possible aussi d’« éduquer » des lymphocytes T, extraits de sang de donneurs sains et de patients, de manière à ce qu’ils puissent cibler ces fragments de protéines virales. Ces lymphocytes T se sont montrés capables de tuer spécifiquement les cellules cancéreuses, tout en épargnant les cellules normales.
Enfin, un modèle in vivo a permis de montrer que l’injection de ces lymphocytes T ciblant les HERVs a engendré une diminution de la taille des tumeurs.
Les HERVs constituent donc une nouvelle source prometteuse de cibles pour stimuler le système immunitaire contre le cancer de l’ovaire. À terme, cette stratégie pourrait ouvrir la voie à des immunothérapies plus efficaces, non seulement pour ce cancer, mais aussi pour d’autres tumeurs difficiles à traiter.