Rencontre avec le service Hygiène du Centre Léon Bérard

hygiène

Alors que le déconfinement se poursuit, l’équipe opérationnelle d’hygiène (EOH) du Centre Léon Bérard a été sollicité très tôt au début de la crise sanitaire. Les docteurs Christine Fuhrmann et Catherine Haond et les infirmières en hygiène, Valérie Levaltier et Clara Charosse, nous expliquent comment elles ont géré ces mois inédits liés à la pandémie du COVID-19. 

A partir de quel moment avez-vous commencé à prendre des mesures spéciales et à comprendre que cette crise serait très spéciale ?

Nous avons pris les premières mesures dès la sortie du guide nationale « Préparation aux risques COVID-19 » réalisé par le ministère des Solidarités et de la Santé et Santé Publique France, et diffusé le 20 février 2020. Il s’agissait du premier guide officiel proposé par les autorités sanitaires françaises. Dans les jours qui ont suivi la sortie de ce guide, tout s’est précipité et nous avons commencé à communiquer auprès des salariés et patients du CLB.


Durant toute la durée de la crise, nous avons suivi les directives du ministère, de Santé publique France et des sociétés savantes. Nous nous sommes également inspirées des mesures mises en place aux Hospices Civils de Lyon et dans les Centre de Lutte Contre le Cancer. Sophie Beaupère, coordinatrice des dossiers stratégiques du CLB, a travaillé en étroite collaboration avec Unicancer (fédération des Centres de lutte contre le cancer) concernant entres autres les équipements de protection individuelle (EPI). 

Comment avez-vous travaillé avec les différents services du CLB ?

Dès début mars, deux réunions d’information à destination des salariés du CLB ont été proposées. Un très grand nombre d’entre eux étaient présents ce qui montrait déjà les nombreuses questions que se posaient les salariés sur ce virus, tant dans leur vie professionnelle que personnelle.

Dans un premier temps, nous nous sommes rendues régulièrement dans les services de soins afin de les informer des décisions prises, sur les équipements de protection individuelle (EPI) par exemple. Dans ce cadre, nous avons d’ailleurs organisé, à l’initiative de la direction des soins infirmiers, des formations pratiques et théoriques sur l’habillage/déshabillage du personnel afin d’expliquer et de montrer les règles à respecter concernant les tenues portées par les soignants (charlotte, masque, lunette, surblouse, tablier,…) mais également l’hygiène des mains. Dès le début de l’épidémie, nous avons décidé de mettre en place des mesures de protection très importantes pour protéger les soignants et les patients du CLB et de l’HAD.

Formation du personnel soignant
Formation du personnel soignant


Nous avons également créé un document de référence, accessible à tous sur le réseau informatique du Centre. Pour cela, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la pharmacie, la direction des soins infirmiers, le service qualité, la gestionnaire des risques, le service informatique, le service communication et le comité COVID afin de mettre à jour et d’améliorer quotidiennement cet outil. Aujourd’hui, chaque salarié sait que ce document est une source d’informations et qu’il peut s’y référer en cas d’interrogations concernant la maladie COVID-19. 

L’EOH a été très sollicitée tout au long de cette pandémie en répondant aux multiples sollicitations et a fourni les données permettant de calculer l’indicateur « prévalence des nouveaux cas COVID-19 / nombre de patients prélevés » diffusé quotidiennement par le service communication à l’ensemble du personnel, devenu depuis hebdomadaire.

Enfin, il est très important de dire que nous avons travaillé avec toutes les instances du CLB (Direction générale, Direction des soins infirmiers, Comité COVID, …) et de manière transversale avec l’ensemble des unités de soins et plateaux techniques. 
 

Quelles difficultés avez-vous rencontré ? Et quelles réussites ?

Nous avons dû faire face à deux principales difficultés.
La première concernait le virus SARS-CoV-2, virus émergent, pour lequel les connaissances évoluaient rapidement. C’est la première fois de notre carrière que nous avions à faire à un virus inconnu (considéré par beaucoup comme une « grippe » au début) mais qui a rapidement fait peur et interrogé beaucoup de professionnels.

La seconde difficulté a été le stock des EPI. Comme tous les hôpitaux français, nous avons dû nous adapter et notamment faire évoluer régulièrement les tenues de protection individuelle selon les stocks, livraisons et dons reçus. Notre rôle était alors de sensibiliser le personnel soignant à ces changements réguliers afin d’assurer leur sécurité et celle des patients.

Aujourd’hui, nous pouvons tirer de belles réussites de la gestion de cette crise. C’est grâce à l’implication de tous que nous avons pu contrôler la diffusion du SARS-CoV2 parmi les patients hospitalisés au sein de notre établissement. C’est également par l’harmonisation des pratiques de prévention au sein du CLB, la sensibilisation régulière du personnel aux bonnes pratiques et l’adhésion du personnel aux recommandations que ceci a pu être possible.
 

Des soignantes à l'hôpital de jour

L'équipe d'hygiène :

"Notre équipe a bénéficié d’une grande visibilité et d’une belle reconnaissance depuis le début de la crise. Aujourd’hui nous sentons que notre relation avec les différents services du CLB a évolué. Ils savent plus que jamais que nous sommes là et que nous pouvons répondre à leurs interrogations"

Qu’est-ce-qui a concrètement changé dans votre travail depuis le début de l’épidémie ?

Le fait de vivre une période inédite a changé de nombreuses choses dans notre quotidien. Tout d’abord, nous avons été obligées de changer de discours très régulièrement. Pendant l’épidémie, de nouvelles procédures (parfois contradictoires avec les précédentes) étaient publiées très régulièrement notamment car les connaissances sur le virus s’amélioraient. Il a donc fallu s’adapter, être à l’écoute et suivre attentivement les annonces des autorités de santé afin de sans cesse adapter notre discours. 
Également, comme nous y avons fait référence précédemment, nous avons été intégrées à toutes les instances décisionnelles du CLB (Plan blanc, Comité COVID, debrief de la Direction des soins infirmiers). 
 

Pensez-vous que « l’hygiène à l’hôpital » tirera du positif de cette crise ? Si oui, qu’en avez-vous appris ?

À cause (ou grâce) à cette crise, l’hygiène, notamment à l’hôpital mais également dans la vie de tous les jours, ne sera plus perçue de la même manière. Nous aurons un exemple concret sur lequel nous appuyer (mesures barrières, …). 
Une fois que la pression sera retombée, nous prévoyons d’organiser un débrief afin de tirer les points positifs et les points à améliorer de cette gestion de crise et de voir ce que nous garderons de cette épidémie dans notre organisation future.

« Dès aujourd’hui, nous remarquons déjà les effets positifs. Nous sommes régulièrement contactées par des médecins et soignants qui nous posent des questions sur des questions d’hygiène mais hors COVID. Notre travail a porté ses fruits et nous pouvons en être fières ! » conclue l’EOH.