Cancer de la vessie : 4 questions à un expert, le Dr Vinceneux Armelle

Dr Armelle Vinceneux

Le cancer de la vessie, un cancer souvent méconnu alors qu'il touche près de 13 000 patients chaque année : nous avons posé quelques questions au Dr Vinceneux, oncologue, et spécialisée en onco-urologie au Centre Léon Bérard, afin d’en apprendre plus sur cette pathologie, alors que s'est déroulé en mai le mois de sensibilisation au cancer de la vessie.

1. Cancer de la vessie : pouvez-vous nous en donner les grandes caractéristiques ?

Le Cancer de la vessie n’est pas un cancer si rare mais il n’est pas aussi bien connu que d’autres types de cancer. En effet il provoque environ 5 000 décès par an et 13 000 patients sont touchés et traités chaque année contre cette maladie quel que soit le stade. L’âge moyen du diagnostic est de 73 ans et il est plus fréquent chez l’homme. A l’heure actuelle c’est le 4e cancer le plus fréquent chez l’homme et le 7e chez la femme. Dans le cancer de la vessie, il est important de distinguer la tumeur superficielle n’infiltrant pas le muscle (TVNIM) de la tumeur infiltrant le muscle (TVIM) et de la tumeur métastatique. Les deux derniers cas étant plus difficiles à soigner que la tumeur TVNIM car représentant une forme plus agressive de ce cancer et le pronostic d’un cancer de vessie métastatique n’est pas bon. Dans la même famille, il faut aussi noter les cancers des voies urinaires hautes, qui sont des cancers du réseau urinaire mais dérivant de la même cellule cancéreuse, étant beaucoup plus rares.

2. Quels sont les facteurs de risque du cancer de la vessie ?

Le principal facteur de risque du cancer de la vessie est le tabac. Il est très important de le souligner car on ne pense pas forcément au fait que le tabac puisse avoir un impact sur des organes n’ayant pas de rôle dans le système respiratoire. D’autres facteurs existent comme certaines expositions professionnelles à des produits chimiques tels que les colorants ou la teinture. Il existe aussi un risque dans les métiers agricoles à cause de produits comme l’arsenic et le goudron. Les patients concernés sont adressés aux collègues de l’équipe « Cancers environnementaux et professionnels » Finalement, de façon plus rare, des infections urinaires à répétition ou une infection parasitaire appelée bilharziose peuvent être en cause dans le développement d’un cancer de la vessie. Il est tout de même important de préciser que la bilharziose reste très rare en Europe et est donc très peu impactant.

3. Comment détecter le cancer de la vessie ? Quels sont les signes qui doivent alerter ?

L’un des principaux symptômes du cancer de la vessie devant immédiatement alarmer est l’hématurie (saignement dans les urines). Dès l’apparition de ce dernier il est impératif de consulter votre médecin traitant qui vous dirigera normalement vers un urologue afin d’effectuer des examens supplémentaires et identifier la raison de ces saignements. Il existe d’autres symptômes du cancer de la vessie à surveiller qui sont les douleurs abdominales, la pollakiurie (augmentation de la fréquence des mictions) et également les douleurs en urinant. Le dépistage et diagnostic du cancer de la vessie se fait ensuite en fonction des symptômes. Un uroscanner peut être réalisé, il permet de cibler la vessie et les voies urinaires. Également, l’urologue peut choisir d’effectuer une cystoscopie qui consiste en l’insertion d’une petite caméra dans les voies urinaires afin d’aller observer la vessie et faire des prélèvements pour le diagnostic

4. Quelles sont les grandes évolutions d'aujourd'hui et de demain pour le cancer de la vessie ?

Dans un premier temps il existe ce qu’on peut appeler la découverte de nouveaux traitements actuels, en effet : chez 10 à 15% des patients souffrant d’un cancer de la vessie, il existe une anomalie du gène FGFR3 qui peut conduire à la prescription d’une thérapie ciblée. Cette proportion est plus élevée chez les patients avec un cancer des voies urinaires. Également, il y a la mise en place de deux anticorps conjugués qui sont développés dans le cadre des cancers de la vessie qui sont le sacituzumab govitecan qui cible le TROP2 et l’enfortumab vedotin qui cible la Nectine 4. Les anticorps conjugués sont des anticorps ciblant les cellules tumorales couplés à une molécule de chimiothérapie qui sera délivrée au sein de la tumeur. Ces traitements montrent de très bons résultats dans le cadre des cancers métastatiques, mais ils ne sont actuellement prescrits que dans le cadre d’essais cliniques.

En France nous avons accès depuis peu à l’immunothérapie, après un traitement de chimiothérapie, ce qui constitue aussi une avancée pour les patients. Dans un deuxième temps, l’enjeu principal dans le traitement d’un cancer de la vessie est d’éviter d’en arriver à un stade métastatique ou d’agressivité locale (tumeur envahissant le muscle). Les avancées à venir concernent donc l’utilisation de traitements dont l’immunothérapie à des stades plus précoces pour encadrer la chirurgie et éviter au maximum le risque de rechute, de passage à une maladie agressive ou à un stade métastatique. Stratégiquement il vaut mieux prévenir que guérir : pas de tabac, une consultation dès les symptômes notamment d’hématurie !

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    Acteur majeur de la prévention en Rhône-Alpes Auvergne, le Centre Léon Bérard propose un accompagnement à l’arrêt du tabac pour tous les fumeurs qu’ils soient ou non suivis au Centre.

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