"Le cancer n'a pas disparu pendant cette crise : il faut poursuivre les traitements et protéger les patients"

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Depuis le début de la crise sanitaire COVID19, nous constatons à l’hôpital mais également en ville une diminution importante du recours aux soins pour des patients ou futurs patients. Jean-Yves Blay, directeur du Centre Léon Bérard, nous alerte sur la nécessité que toute personne aille consulter en cas de doute pour que des procédures de diagnostic et de traitements soient mises en place. Avec 360 000 cas chaque année, le cancer n'a pas disparu.

Depuis le début du confinement mais plus largement depuis le début de la crise sanitaire COVID-19, nous constatons à l’hôpital mais également en ville une diminution importante du recours aux soins pour des patients ou futurs patients, qui remettent à plus tard des examens diagnostiques, voire des traitements.

Mais le cancer, comme les autres maladies pathologiques ou chroniques, n’a pas disparu depuis ces dernières semaines. Le cancer continue de tuer.

Même si notre hôpital, spécialisé en cancérologie, a bouleversé ses habitudes, ses méthodes de travail, en reportant par exemple des chirurgies non curatives, il poursuit aujourd’hui comme hier, sa mission : protéger les patients atteints de cancer et poursuivre les soins.

Il faut que les patients, tous les patients aillent consulter en cas de doute, même s’ils ne sont pas malades, pour que des procédures de diagnostic et de traitements si nécessaires soient mises en place.

Notre mission demeure : accueillir les patients atteints de cancer et leur procurer les meilleurs soins. Nos prises en charges évoluent : nous transformons les consultations traditionnelles en téléconsultation à distance, pour éviter les déplacements et permettre aux patients de poursuivre leur suivi avec le moins de risque possible pour leur santé. Nous changeons aussi la façon dont nous accueillons les malades, avec le moins de risques sanitaires possibles : filtrage à l’accueil, qui va perdurer, pas ou peu d’accompagnants, des espaces repensés pour respecter la distanciation sociale pour tous.

Nous avons une seule idée en tête : ne pas différer les chirurgies, les radiothérapies, les chimiothérapies curatives car l’impact serait très grave pour la guérison d’un cancer. Nous devons accueillir nos patients dans les meilleures conditions de sécurité pour la poursuite de leurs traitements et c’est ce que nous faisons.

Patients, futurs patients, mais également en cas du moindre doute : n’attendez pas pour voir votre médecin, pour prendre contact avec notre hôpital. C’est une erreur de remettre à demain. Au moindre doute, au moindre symptôme, prenez rendez-vous !

Le cancer, c’est 360 000 cas par an, dont une partie mortels. Le retard ou le décalage de diagnostic peut malheureusement influer négativement sur les chances de guérison Notre but à l’hôpital est de conserver nos capacités d’accueil à la normale pour les appareils diagnostiques, les chirurgies, les radiothérapies, mais également les traitements de jour comme les chimiothérapies, pour pouvoir sauver la vie des patients.

Si nous ne faisions pas cela, une vague de patients diagnostiqués tardivement serait à craindre ses prochains mois et serait malheureusement synonyme d’une mortalité plus forte, à cause de traitements démarrés à des stades plus avancés de la maladie.

Il ne faut  plus perdre de temps. Le risque d’être contaminé dans un centre de lutte contre le cancer est extrêmement faible : le risque est bien plus grand de retarder un dépistage ou des traitements. 

Notre but est également de prendre en compte les spécificités des patients atteints de cancer et actuellement en traitement face au COVID-19.

C’est en ce sens que nous avons lancé une étude clinique dédiée pour trouver un traitement adapté en cas d’infection par le COVID-19. Il est important de prendre en charge spécifiquement les patients atteints de cancer qui sont affectés par le COVID-19 parce que ces patients ont reçu des traitements particuliers, les jours où les semaines précédentes, qui affectent leur système immunitaire. Ce sont des patients qui sont plus à risque de faire des complications et qui en plus reçoivent des médicaments qui peuvent interférer avec d’autres médicaments.

Nous devons donc nous atteler à mieux comprendre et à adapter les traitements pour eux, pour vous, pour nos proches. Des résultats sont attendus dans les prochains mois et ne sont possibles que grâce à la générosité du public.

Demain, nous espérons que chaque français, pour sa santé, n’attendra plus pour consulter son médecin ou son centre hospitalier en cas de suspicion d’un cancer, en cas du moindre doute, même infime. C’est notre mission, mais c’est aussi la mission de chacun.

 

Jean-Yves Blay, directeur général du Centre Léon Bérard