Témoignage de François sur son parcours d'arrêt du tabac

Salarié du Centre Léon Bérard, François a arrêté de fumer à 46 ans alors qu'il fumait trois paquets par jour. Il nous raconte son histoire.

Mon histoire avec le tabac

J’ai fumé de 14 ans à 46 ans (20 juillet 2002). Pipe, tabac à rouler, puis cigarettes aromatisées. Juste avant mon arrêt, je fumais 3 paquets par jour.

Plusieurs tentatives sans trop y croire espacées de quelques années où j'ai pratiqué l'acupuncture, l'hypnose, utilisé des patchs et vu un médium. En fait si je fais le point, que des méthodes extérieures à moi, comme si la solution devait venir de l’extérieur.
Il est vrai que plusieurs fois je me suis dit qu’il faudrait que j’arrête pour les autres (cela gêne, l’odeur, l’évitement etc…) mais pas pour moi.
J’étais en partie convaincu que ce n’était pas bon pour moi, je faisais du footing, je mangeais sain,... mais sur le tabac il y avait de ma part une sorte de fermeture, comme si cela n’existait pas, comme si ce n’était pas discutable. Il y avait surtout la peur de ne pas pouvoir vivre sans… Je me disais je vais mourir si j’arrête, la cigarette = moi = la vie pour simplifier. 
L’arrêt c’est la mort, c’est ne plus être moi. La peur du manque, du non contrôle de ce manque.
 

LA méthode qui a marché pour moi

Un jour je me suis réveillé sans avoir de cigarette, j‘ai attendu avant d’aller en acheter, une forte envie, un verre d’eau, l’envie disparait pendant plusieurs minutes, puis une envie qui arrive et devient forte, un verre d’eau puis plus d’envie et ainsi de suite. Je me disais bon il est encore tôt, si je ne tiens pas j’ai encore le temps d’aller en acheter. Les heures ont passé ainsi, je n’étais pas mort, je commençais à sentir une force grandir en moi. JE pouvais décider d’arrêter. Au moins ce premier jour, on verra demain et ainsi de suite de jour en jour sans me dire que j’allais vraiment arrêter et en même temps cette puissance de ne plus être complétement dépendant. C’était presque un jeu, une nouvelle expérience. Comment sera la vie demain sans fumer ? Petit à petit je pouvais regarder en face mon ex dépendance, voir tous les côtés négatifs, mais sans culpabilité sur mon passé, il y avait un ancien François et un nouveau François.

Ce qui m’a le plus aidé

Ne pas avoir de pression, ni d’objectif, être à l’écoute de mon corps, de mes sensations, des améliorations du goût, une certaine sérénité et force intérieure. Une envie de changer mais en douceur. Une plus grande présence à soi et au temps. Une plus grande compassion pour moi, une acceptation de l’avant et la joie de l’après. Le souffle est devenu plus ample et j’ai pu faire le 10 km de Lyon puis l’année d’après le semi-marathon. J’étais aussi intimement persuadé de ne plus jamais fumer. Que la vie avait une autre odeur et quelle était plus grande qu’avant. Que le temps journalier sans fumer permettait d’autres expériences de vie.
 

Ce qui reste difficile

Maintenant plus rien n’est difficile, mais au début de mon arrêt j’étais très gêné par les fumeurs autour, j’ai dû même arrêter de voir certaines personnes qui fumaient dans des lieux clos car la fumée m’était insupportable et je ne comprenais plus comment on pouvait ainsi s’asphyxier sans réagir… 

Mon conseil ou ma recommandation

Prendre soin de soi, se ressentir, s’aimer, expérimenter et pourquoi pas presque en jouant de dompter et de contourner ces envies (qui semblent) irrépressibles du manque de récompense immédiate de la nicotine par d’autres expériences comme reconnaitre des odeurs, apprécier d’être présent avec d’autres sans sentir cette envie de fumer. 

Le regard du tabacologue

Le Dr Dominique Triviaux, tabacologue au Centre Léon Bérard, nous donne son regard sur le parcours de François

dr triviaux

BRAVO pour la persévérance ! Ce que rapporte François dans son témoignage est particulièrement important ; « le faire pour soi, être à l’écoute de son corps de ses sensations, faire émerger un nouveau François ». L’arrêt du tabac – au-delà des symptômes de manque nicotinique que François redoutait et qui ont longtemps été un frein à sa tentative d’arrêt ! – il y a la peur de faire émerger la personne non-fumeuse cachée au fond de soi et oubliée depuis si longtemps… Beaucoup de fumeurs me disent « la cigarette fait partie de moi, je fume depuis si longtemps, je ne peux pas m’envisager sans… ». Il est vrai que l’arrêt du tabac chez une personne fumeuse depuis longtemps s’apparente à une (re)naissance et que cela peut prendre un peu de temps mais on n’est pas obligé d’arrêter de fumer du jour au lendemain et donc de changer de statut du jour au lendemain ! On peut prendre un peu de temps pour se familiariser avec cette nouvelle identité et lui laisser le temps de prendre ses marques…La réduction – dès lors qu’elle est accompagnée par une substitution nicotinique adaptée pour ne pas compenser le manque nicotinique en tirant davantage sur les cigarettes restantes qui conduit donc au même niveau d’intoxication !- peut être une bonne étape. 

La peur exprimée par François de souffrir du manque nicotinique est une crainte légitime que beaucoup de fumeurs partagent ; et pourtant, un traitement médicamenteux bien conduit (substituts nicotiniques ou autre) permet aujourd’hui un arrêt dans le confort et non dans la souffrance. C’est même l’intérêt majeur des traitements médicamenteux du sevrage ; ils sont au sevrage tabagique ce que les antalgiques sont à la douleur. Ils n’ont rien d’obligatoires mais c’est tellement plus confortable AVEC !

  • homme et femme
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