Qu'est-ce que l'immunothérapie ? Comment cela fonctionne ?

Le principe de l'immunothérapie est de traiter le cancer grâce au système immunitaire naturel du patient.

Une tumeur se développe en partie parce qu'elle parvient à échapper aux défenses immunitaires, normalement capables de reconnaître les cellules anormales et de les éliminer. L'immunothérapie vise à lever les mécanismes de freinage mis en place par la tumeur, pour restaurer la détection du cancer.

L'idée est donc de réveiller le système immunitaire (en particulier les lymphocytes T) pour que celui-ci s'attaque aux cellules tumorales. Dans cette approche, le système immunitaire est utilisé comme un médicament, non pas chimique mais biologique et naturel.

Quels sont les différents types d'immunothérapie ?

L'immunothérapie est un terme global qui regroupe plusieurs familles de traitements qui ont pour objectif d'activer ou de renforcer les défenses immunitaires du patient contre la tumeur. Ces traitements peuvent agir de différentes manières :

Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire

Ils lèvent les "freins" qui empêchent les lymphocytes T d'attaquer la tumeur. Ces traitements ciblent différentes molécules impliquées dans cette régulation, notamment PD-1, PD-L1 et CTLA-4, afin de permettre au système immunitaire de mieux combattre les cellules cancéreuses. Leur développement s'est accéléré depuis le milieu des années 2010, avec leur arrivée dans le mélanome puis le cancer du poumon.

Les anticorps bispécifiques et T-cell engagers

Ces anticorps sont capables de relier directement un lymphocyte T à une cellule tumorale pour déclencher sa destruction. Ils sont déjà utilisés dans certains cancers du sang et arrivent progressivement dans les tumeurs solides. Ils ont un avenir très prometteur.

Les thérapies cellulaires adoptives

Elles consistent à modifier les cellules immunitaires du patient pour les rendre plus efficaces. Parmi elles, en clinique :

  • CAR-T cells : lymphocytes T modifiés génétiquement pour reconnaître la tumeur, utilisés en hématologie depuis 2018.
  • TILs (Tumor-Infiltrating Lymphocytes) : lymphocytes présents dans la tumeur, prélevés, amplifiés puis réinjectés. À l'étude clinique dans les tumeurs solides, principalement le mélanome.
  • CAR-T cells : une immunothérapie innovante contre certains cancers hématologiques

    Les CAR-T cells constituent une avancée majeure dans le traitement de certains cancers hématologiques. Le traitement est fabriqué à partir de cellules immunitaires d'un patient, qui seront modifiées génétiquement en laboratoire afin qu'elles reconnaissent les cellules cancéreuses, puis mises en culture avant de pouvoir lui être réinjectées.

    En savoir plus

Quels cancers sont susceptibles d'être traités par immunothérapie ?

L'immunothérapie occupe aujourd'hui une place reconnue dans la prise en charge de nombreux cancers, à des degrés d'utilisation variables selon le type de la tumeur et son stade. Parmi eux, on peut citer : mélanome, cancer du poumon, rein, vessie et voies urinaires, ORL (tête et cou), sein triple négatif, lymphome de Hodgkin, cancers digestifs, gynécologiques et autres tumeurs solides présentant une instabilité microsatellite (MSI) ou une déficience dMMR, quelle que soit leur localisation d'origine, enfin certaines autres cancers de la peau, cancers du col de l'utérus, hépatocarcinomes. Les indications sont en constante évolution.

Néanmoins, il est important de préciser que pour certaines pathologies suscitées, l'immunothérapie n'est pas recommandée dans tous les cas, cette indication dépend également du sous-type précis (classification moléculaire) de la maladie.

Comment se déroule le traitement ?

L'immunothérapie est le plus souvent administrée par perfusion intraveineuse, en hôpital de jour, selon un rythme qui dépend du médicament utilisé (généralement toute les deux à six semaines). Sa durée varie selon les protocoles de traitement : soit à durée déterminée (nombre défini de cures), soit à durée indéterminée poursuivi jusqu'à progression de la maladie ou survenue d'une toxicité.

Un bilan biologique est réalisé avant chaque cure et des examens d'imagerie sont programmés régulièrement pour évaluer la réponse au traitement.

Le patient est informé des principaux symptômes devant l'amener à consulter rapidement (diarrhées, essoufflement, éruption cutanée, fatigue inhabituelle, etc.), en raison du risque de réactions immuno-induites, qui peuvent survenir à tout moment du traitement, y compris après son arrêt.

Ainsi, l'administration de l'immunothérapie s'appuie sur une coordination étroite entre oncologues médicaux, équipes soignantes de l'hôpital de jour, pharmaciens et, en cas d'effet indésirable, l'ensemble des spécialités d'organes susceptibles d'être concernées (dermatologie, endocrinologie, gastro-entérologie, pneumologie, etc.), afin d'assurer une prise en charge rapide et coordonnée des réactions immuno-induites si besoin.

Pourquoi avoir recours à l'immunothérapie ?

Ce traitement peut permettre d'obtenir des réponses tumorales importantes et, chez certains patients, des rémissions prolongées, parfois plus durables que celles obtenues avec les traitements conventionnels, grâce à la "mémoire" du système immunitaire. Elle constitue aujourd'hui une option de traitement à part entière : parfois seule, parfois associée à une chimiothérapie ou à une thérapie ciblée, voire en complément de la chirurgie pour les stades les plus précoces. 

Le Centre Léon Bérard, un centre reconnu pour l'immunothérapie

Le Centre Léon Bérard est un acteur majeur de l'immuno-oncologie, reconnu par le programme international ImCORE-Roche et labellisé CLIP2 depuis 2011, avec une extension pédiatrique depuis 2015. Cette labellisation permet au CLB de proposer aux patients un accès précoce à des thérapies innovantes, notamment des anticorps bispécifiques, des inhibiteurs de pointe de contrôle immunitaire et des thérapies cellulaires. Les équipes de la Direction de la Recherche Clinique et de l'Innovation (DRCI) conduisent et coordonnent ces essais de phases précoces, en lien étroit avec le Laboratoire de d'Immunothérapie du Cancer de Lyon (LICL) et le groupe de programme de thérapies cellulaires créé en 2020, qui supervise les traitements CAR-T et les essais de thérapie cellulaire en hématologie et en oncologie.

En savoir plus

Immunothérapie et recherche fondamentale

Les équipes de recherche du Centre Léon Bérard et du Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL - Inserm/CNRS/Universite Claude Bernard Lyon 1) mènent des travaux de recherche de pointe sur les mécanismes de réponse et de résistance aux immunothérapies.
Plusieurs équipes du CRCL, notamment au sein de l'axe "Immunologie, inflammation et immunothérapie", explorent les moyens de stimuler les défenses immunitaires et d'identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. Cette recherche fondamentale s'articule étroitement avec les activités du Laboratoire d'Immunothérapie du Cancer de Lyon (LICL), qui assure la transition entre les découvertes précliniques et les essais cliniques menés au CLB. Permettant ainsi d'accélérer le développement de nouvelles stratégies d'immunothérapie, notamment dans le cadre des cancers digestifs, sarcomes et hémopathies malignes.

En savoir plus sur le site du CRCL 

Exemples de recherche clinique en immunothérapie

Côté recherche clinique, c'est-à-dire la recherche proposée au chevet du patient, plusieurs essais impliquant l'immunothérapie sont menés ou promus par le Centre Léon Bérard, notamment :

PredoSTAR (NCT05855811)

Une étude évaluant si un traitement court par immunothérapie peut réduire le risque de développer un second cancer chez des patients à risque, alors que près de 20% des cancers diagnostiqués chaque année sont des seconds cancers.

TARLATEM (NCT07243470)

Un essai associant une immunothérapie de nouvelle génération à une chimiothérapie à faible dose, pour les gliomes diffus de la ligne médiane avec mutation H3K27M, des tumeurs cérébrales rares et agressives touchant les enfants, adolescents et jeunes adultes.

IMHOTEP (NCT04795661)

Une étude évaluant l'immunothérapie en péri-opératoire (avant et après la chirurgie) dans les tumeurs digestives présentant une instabilité microsatellitaire (MSI) ou une déficience du système de réparation des mésappariements de l'ADN (dMMR).