Cancer et COVID-19 : Quelles complications pour les patients atteints de cancer ? Les résultats de l'étude du Centre Léon Bérard

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Les patients atteints de cancer sont-ils vraiment des sujets "à risque" susceptibles de contracter plus facilement et sous une forme plus sévère la maladie COVID-19 ? Une étude menée par le Centre Léon Bérard sur 302 patients tente de répondre à cette question.

Depuis le début de la pandémie du COVID-19, les personnes atteintes d'un cancer sont classées parmi les "personnes à risque" selon le Haut Conseil à la Santé Publique. Cette catégorisation reposait principalement sur 2 études chinoises. Ces données semblaient ainsi montrer que les malades du cancer sont plus à risque de développer des formes sévères du COVID-19 et donc d’en décéder.

Le Centre Léon Bérard, sous l'impulsion de son directeur général, le Pr Jean-Yves Blay, a réalisé une étude sur 302 patients touchés par le cancer suspectés d'infection au Sars-Cov-2 pour confirmer ou infirmer ces thèses.

Déroulement de l'étude

Il s'agit d'une étude rétrospective réalisée sur 302 patients du Centre Léon Bérard ayant une suspicion de COVID-19 entre le 1er mars et le 15 avril 2020. Les symptômes caractéristiques des patients et le taux de survie ont été collectés et comparés chez les patients positifs et négatifs au test de dépistage pour le COVID-19.

 

Quels résultats tirer de cette étude ?

Sur les 302 patients suspectés d'être contaminés par le COVID-19, 55 se sont révélés positifs suite à un test de dépistage. Les patients positifs étaient âgés et avaient dans une grande majorité des cancers hématologiques, des problèmes respiratoires ou encore une pneumonie.

Trente patients sont décédés au cours de la période d'observation, dont 24 (80%) atteints d'une maladie avancée. Lors du suivi médian de 25 jours après les premiers symptômes, le taux de mortalité chez les patients positifs et négatifs étaient respectivement de 21% et 10%.

Dans les deux groupes (patients testés positifs au test de dépistage COVID-19 et patients testés négatifs à ce test) les facteurs de risque de décès étaient le sexe masculin, l'âge supérieur à 60 ans, le cancer en rechute et des symptômes respiratoires. La maladie COVID-19 n'était pas associée à une augmentation du taux de mortalité.

La plupart des patients atteints de cancer malheureusement décédés au cours de cette période (73%) étaient négatifs au test de dépistage du COVID-19. 

La corrélation entre le fait d'être atteint d'un cancer testé postif au test de dépistage du COVID19 et la probabilité de la survenue d'un décès n'est finalement pas significative.

« Le message à retenir c’est : oui, on est un peu plus à risque de faire des complications graves de COVID quand on a un cancer mais la magnitude de cette augmentation n’est pas claire » conclut le Pr Blay. La source d’inquiétude des oncologues se trouve ailleurs : « Ce qui risque le plus de tuer les malades de cancer, ce n’est pas le COVID : c’est l’arrêt des traitements. Un retard au diagnostic et à la prise en charge thérapeutique de 1 à 3 mois a un impact sur la survie globale à long terme de 5% à 20 %. Ça, ça a été clairement démontré » explique le Pr Blay à Rose Up.