Movember : le Dr A. Flechon répond à 5 questions sur le cancer de la prostate

cancer de la prostate

Mardi 10 novembre 2020 - A l’occasion de Movember, mois de sensibilisation aux cancers masculins, le CLB a souhaité mettre l’accent sur ces cancers encore trop tabous et de sensibiliser le public à l’importance du dépistage. Décryptage du cancer de la prostate en 5 questions au Dr A. Flechon, oncologue au Centre Léon Bérard.

1. QUELLES SONT LES CARACTÉRISTIQUES DU CANCER DE LA PROSTATE ? 

Dr A. Flechon : « Le nombre de nouveaux cas de cancer de la prostate diagnostiqués en France en 2015 est estimé à 50 430 cas. Le cancer de la prostate est la tumeur solide la plus fréquente chez l’homme. Le taux d’incidence standardisé Monde (TSM) est de 81,5 cas pour 100 000 personnes‑années. Le nombre de décès estimés en 2015 est de 8 512 en France, le cancer de la prostate n’est que la troisième cause de décès par tumeurs solides chez l’homme avec un taux de mortalité standardisé (TSM) de 8,9 pour 100 000 hommes.

Il  est très rare avant 50 ans. L’incidence augmente ensuite rapidement pour atteindre un maximum (plus de 800 pour 100 000) pour les hommes entre 70 et 74 ans (Figure 1 et 2 ci-dessous) et décroît ensuite. L’âge médian au diagnostic en 2015 est de 68 ans. »

 

Taux d'incidence et de mortalité selon la classe d'âge en France en 2015
Taux d'incidence et de mortalité selon la classe d'âge en France en 2015
cancer de la prostate
Taux d'incidence et de mortalité selon les années en France en 2015

 

2. COMMENT PROCÈDE-T-ON AU DÉPISTAGE DU CANCER DE LA PROSTATE ?

Dr A. Flechon : « La suspicion d’une tumeur de la prostate repose sur le dosage du PSA et le toucher rectal. Les hommes peuvent consulter suite à des signes urinaires, à leur demande suite à un dosage de PSA ou des signes évoquant une atteinte métastatique (douleurs osseuses, perte de poids, asthénie…). L’Association Française d’Urologie (AFU) recommande de ne pas dépister un patient qui n'exprime pas son souhait de l'être (après avoir reçu une information à ce sujet), sans plus s'opposer à la prescription du PSA pour un diagnostic précoce de cancer de la prostate. En revanche, elle continue de ne pas recommander le dépistage basé sur le PSA chez les hommes de plus de 70 ans.  En cas de lésion tumorale suspecte au TR et/ou de l’élévation du taux de PSA, une IRM prostatique est proposée avant la réalisation de biopsies qui sont systématisées, au nombre de 12 et peuvent être ciblées suite à l’IRM. Elles permettent de confirmer le diagnostic du cancer de la prostate et de déterminer le grade histologique allant de 1 à 5 selon ISUP.  Plus le grade est élevé plus la tumeur est agressive. »

Le diagnostic - Cancer de la prostate

« 90% des cancers de la prostate sont diagnostiqués à un stade localisé selon trois groupes selon d’Amico (bas risque, intermédiaire et haut risque) et seulement 10% à un stade d’emblée métastatique dont le pronostic est plus sévère. »

3. QUELS SONT LES FACTEURS DE RISQUE ET LES SIGNES QUI PEUVENT LAISSER PENSER À UN CANCER DE LA PROSTATE ?

cancer de la prostate

Les chiffres clés - Cancer de la prostate

Dr A. Flechon : « Les facteurs de risques du cancer de la prostate sont liés à l’âge, à l’origine ethnique, aux antécédents familiaux (10% des cancers de la prostate sont héréditaires avec la présence d’une mutation germinale de BRACA1 /2). Les facteurs environnementaux comme les perturbateurs endocriniens sont potentiellement des facteurs de risque, le CIRC a classé le chlordécone comme cancérigène possible. »

4. QUELS SONT LES TRAITEMENTS À METTRE EN PLACE DANS LE CADRE D'UN CANCER DE LA PROSTATE LOCALISÉ ? 

Dr A. Flechon : « Les patients atteints d’un cancer de la prostate avec un faible grade ISUP (grade 1) et un faible envahissement tumoral sur les biopsies peuvent bénéficier d’une surveillance active (dosage de PSA, TR et biopsies prostatiques régulières) qui est une option thérapeutique curative et qui permet de déplacer l'éventuel moment du traitement par chirurgie ou radiothérapie.

Et concernant les cancers de la prostate de grade supérieur, des traitements curatifs sont proposés : 

  • La prostatectomie totale (PT) qui permet l'ablation de la totalité de la prostate et des vésicules séminales avec la réalisation d’un curage ganglionnaire ilio-obturateur bilatéral en fonction du stade en permettant de respecter au mieux en fonction du groupe pronostic les structures responsables de la continence et de l'érection. La chirurgie est rarement réalisée au-delà de 70-75 ans en raison du risque d’incontinence majorée.  La PT peut être réalisée par voie ouverte ou rétropubienne. Les approches mini-invasives se sont développées avec la  laparoscopie ou la laparoscopie par robot assistée.
  • La radiothérapie utilise une technique conformationnelle tridimensionnelle si possible en modulation d'intensité. Elle permet de délivrer des doses au-dessus de 74Gy et de diminuer la toxicité tardive. Elle est associé à un traitement hormonal en fonction du groupe pronostic de d’Amico.
  • La curiethérapie interstitielle de prostate consiste en l'implantation permanente de grains le plus souvent d'Iode 125, elle est une option thérapeutique pour les tumeurs de la prostate à faible risque de D'Amico (PSA <10 ng/ml, volume prostatique < 50ml et grade I ISUP). »

5. Y A-T-IL DES ÉVOLUTIONS NOTABLES À CE SUJET ?

Dr A. Flechon : « Après la réalisation de ces traitements au stade localisé 10% à 20%, des patients vont présenter une évolution tumorale se traduisant initialement par une élévation du PSA. Le cancer de la prostate est sensible aux hormones, le traitement en cas d’évolution repose à un moment donné par la suppression androgénique. De nouvelles hormonothérapies (darolutamide, enzalutamide, apalutamide) ont montré récemment leur impact chez les malades non métastatiques résistant à la castration (M0-CRPC). Les localisations métastatiques sont souvent mises en évidence plusieurs années après le traitement de la tumeur localisée. La suppression androgénique est responsable d’un certain nombre d’effets secondaires mais d’un contrôle de la maladie à plus long terme. Les objectifs vont être de proposer chez les malades ayant une maladie métastatique hormonaïve ou résistante à la castration de nouvelles hormonothérapies (abiratérone, enzalutamide, apalutamide) ou de chimiothérapie (docetaxel, cabazitaxel). »

L’objectif de ces traitements est de contrôler au mieux l’évolution du cancer de la prostate.​​​​​​​

« De nouvelles thérapeutiques ont montré leur efficacité comme les inhibiteurs de PARP chez les patients ayant une mutation germinale ou somatique de BRCA2/1 (gènes de réparation homologues de l’ADN) , traitement non encore disponible, de nouvelles approches par des thérapeutiques théranostiques comme le LU-PSMA, des thérapeutiques ciblées comme les inhibiteurs de PI3K, des anticorps bispécifiques en cours de développement et l’immunothérapie toujours en développement dans le cancer de la prostate avec une activité uniquement sur un groupe limité de patients dont on ne connait pas encore toutes les caractéristiques. 

Il est important de poursuivre nos efforts de recherche clinique dans les formes évolutives, avec pour objectif de l’amélioration de la qualité de vie et de la survie des malades. »