Après-cancer : tout savoir sur l'étude PASCA avec l'interview de Romain Buono

PASCA

La question de l'après-cancer et des séquelles qui peuvent en découler est un sujet d'étude pour lequel beaucoup de questions subsistent. Alors que les taux de survie augmentent chaque année, comment mieux prendre en charge les anciens patients, qui peuvent avoir aujourd'hui des complications altérant leur qualité de vie ? On fait le point avec Romain Buono, chef de projet de l'étude PASCA.

Bonjour Romain Buono, vous êtes chargé de projet sur l'étude clinique PASCA, pouvez vous nous en dire plus ?

Le projet PASCA c’est un projet de recherche clinique qui s’intéresse à la période qui suit la fin des traitements conventionnels (chimiothérapie, chirurgie, radiothérapie) et qui a pour objectif de quantifier, pendant 5 ans après les traitements, la survenue de complications chez les patients adultes.

Elle a démarré en janvier 2021et a donc la particularité de suivre les patients pendant une durée assez longue, 5 ans.

Concrètement, cela veut dire que le patient est invité à des consultations spécifiques, en parallèle avec ses consultations de suivi classique. 4 bilans sont alors programmés : un bilan 1 mois après la fin des traitements, puis 6 mois après, 2 ans puis 5 ans après la fin des traitements.

Ils consistent en des examens cliniques, comme des tests physiques, des examens pulmonaires, des prises de sang pour évaluer des marqueurs sanguins et également un questionnaire à remplir.

Après chaque bilan, les professionnels du CLB chargés de l’étude vont analyser ces résultats puis fournir une synthèse en lien avec les recommandations actuelles et vont ainsi pouvoir orienter les patients vers les spécialistes par complications.

A noter que cette étude ne va concerner que certaines pathologies : cancer du sein non métastatique, les cancers du testicule traité par chimiothérapie, l’ostéosarcome, le sarcome d’Ewing et le sarcome des tissus mois, leucémie aigüe myéloïde, lymphome hodgkinien et non hodgkinien.

Concrètement, qu’est ce que l’étude PASCA sur l’après-cancer surveille-t-elle plus précisément ?

22 complications sont surveillées et peuvent d’ailleurs être classées en 3 grandes familles :

  • les complications en lien avec des organes, comme par exemple des complications cardiaques, qui peuvent arriver à plus ou moins long terme ou des problèmes de la thyroïde qui entrainent des problèmes hormonaux
  • les troubles psychosociaux, avec par exemple des troubles anxieux sévères qui peuvent perdurer bien longtemps après la fin des traitements ou des problèmes en lien avec le retour au travail
  • la troisième autre famille est elle en lien avec des problèmes métaboliques, comme des problématiques de surpoids, d’obésité mais également des décompensations physiques, c’est-à-dire un manque d’activité physique

Parfois, on peut ainsi se rendre compte qu’une hypertension artérielle qui est apparut à la fin du traitement et qui n’a pas été prise en charge et on va orienter le patient et initier une prise en charge auprès du professionnel de santé le plus adapté.

On fait un vrai travail d’information auprès des professionnels de santé pour leur expliquer notre démarche : il s’agit certes de prévention mais cela permet de détecter très tôt des problèmes qui deviendront potentiellement plus graves ensuite.

Il s’agit aussi de mieux accompagner les patients dans leur vie quotidienne, par exemple pour le retour à l’emploi et de les orienter vers des professionnels partenaires pour faire un bilan de compétences, refaire un CV…

Quelles sont les spécificités de cette étude sur l’après-cancer par rapport à d’autres ?

Nous évaluons, à la suite de l’ensemble de nos bilans, la fréquence d’apparition des complications.

C’est la première fois qu’une étude se base sur des analyses réelles avec des bilans, des tests, des examens, pour évaluer les séquelles réelles sur un large panel de patients.

C’est un point important, car de cette façon nous enlevons les biais d’un questionnaire : nous nous basons sur des données réelles.

Souvent, après les traitements contre un cancer, personne ne vous parle des séquelles et notre rôle est alors de rassurer le patient, point à point, et de lui indiquer les choses à faire, comme de le diriger vers un spécialiste, l’orienter vers une structure pour faire de l’activité physique adaptée…

Nous pouvons même être amené à prendre des rendez-vous pour nos patients, qui peuvent faire face à des difficultés.

Notre projet est donc de repérer précocement les complications pour mieux accompagner les patients, mais également que ce programme devienne une pratique courante à côté de la consultation classique, pour aider à l’orientation de chaque patient en fonction de leurs besoins.

Aujourd’hui, 300 patients ont été inclus dans l’étude et nous restons ouverts aux inclusions jusqu’en janvier 2023 et l’étude se déroulera donc jusqu’en 2028, nous visons environ 600 patients.

Comprendre l'après-cancer pour mieux le prendre en charge

"Dans les prochaines années, il va y avoir une augmentation très forte des personnes survivantes d’un cancer pgrâce aux améliorations des traitements. Cela signifie que mécaniquement, il va y avoir plus de complications à gérer : ce sujet est donc central."

apres-cancer

Aujourd’hui en 2022, qu’est ce que l’on sait, qu’est ce que l’on a comme informations sur l’après-cancer ?

Pas grand-chose !

Ce que l’on sait en revanche c’est qu’il va y avoir, dans les prochaines années, une augmentation très forte des personnes survivantes d’un cancer parce qu’il y a une amélioration de la survie globale grâce aux améliorations thérapeutiques mais également parce qu’il y a un vieillissement de la population.

Cela signifie que mécaniquement, il va y avoir plus de complications à gérer.

Ce que l’on sait aussi, c’est que l’on commence à effleurer les complications qui peuvent toucher les patients ayant eu un cancer : des études récentes, comme VICAN5, menée elle aussi sur 5 ans, a permis de faire ressortir des informations intéressantes.

D’après cette étude, 5 ans après el diagnostic de la maladie, 63,5% des patients exprimaient des séquelles encore présentes, soit liées à leur maladie, soit liées à leur cancer.

 

Cela démontre que nous avons des axes d’améliorations importants car 5 ans après, les séquelles devraient être moins fréquentes.

Une étude similaire, menée sur 2 ans (soit 2 ans après le diagnostic) a montré que les séquelles étaient sensiblement similaires sans amélioration au fil des années, montrant que les prises en charge après cancer n’étaient pas toujours adaptées, sans action du patient ou du corps médical.

On sait qu’il y a des besoins, que cela touche beaucoup de sphères, j’évoquais tout à l’heure 22 complications, mais on ne sait pas encore la fréquence de chaque complication et la réalité des situations.

Aujourd’hui, en 2022, nous connaissons les complications mais nous rencontrons encore des difficultés à connaitre les proportions car il n’y a pas encore eu de véritablement suivi prospectif au fil des années.

Quelques informations clés sur l'étude PASCA

L’équipe de recherche PASCA comprend deux attachés de recherche clinique qui organisent la logistique pour les bilans et analysent les données, une assistante médicale en charge d’informer les patients mais également de les orienter vers les bons professionnels de santé, un enseignant en activité physique adapté qui intervient pour les bilans évaluant la condition physique
Le Pr Mauricette Michallet est, elle investigatrice principale de l’étude.

600 patients environ seront inclus dans cette étude, qui durera jusqu'en janvier 2028.

Peut-on dire que l’après-cancer est un sujet peu pris en compte par les études cliniques et qui intéresse moins ?

Beaucoup de moyens, logiquement, sont mis dans l’évolution des traitements, ce qui est normal.

Beaucoup de moyens sont mis également dans le diagnostic mais jusqu’à présent il y avait peu de moyens mis sur la prévention tertiaire, c’est à dire le moment où la maladie est passée, comment gère-t-on les conséquences de la maladie ?

Les tutelles et les différents Plans Cancer ont permis de faire évoluer cela, avec une envie nationale et commune d’axer certains des moyens destinés à la recherche vers ces sujets de l’après-cancer, avec aujourd’hui de nombreux appels à projets allouent des fonds à cette thématique.

Comme beaucoup de thématiques, c’est grâce aux patients que les choses ont pu évoluer mais il a fallu attendre les années 90 pour entendre leurs témoignages dans les congrès dédiés à la cancérologie. Ce sont eux qui ont alors pris la parole sur la qualité de vie et les séquelles après-cancer et c’est ce qui a permis d’ouvrir les yeux et de faire avancer les choses.

Aujourd’hui, les professionnels soignants, médicaux et de la recherche en cancérologie, sont au courant des séquelles qui peuvent survenir après un cancer, mais malheureusement elles sont parfois complexes à prendre en charge.

Elles nécessitent des professionnels capables de connaitre deux spécialités, c’est-à-dire l’oncologie et la cardiologie, ou l’oncologie et la néphrologie par exemple pour avoir une connaissance fine de l’impact du cancer et de ses traitements sur des problématiques spécifiques.

Cette interdisciplinarité est vraiment importante mais n’est encore qu’à ses débuts.

Quels sont vos espoirs, vos attentes sur votre étude dédiée à l’après-cancer ?

Notre étude va permettre de baliser, sur cinq ans, les séquelles et les complications de l’après-cancer et définir celles qui sont, dans la réalité, anecdotiques ou au contraire très fréquentes.

Également elle va permettre de savoir dans quels délais les séquelles peuvent arriver et enfin pourquoi ces complications arrivent.

Le patient était il cardiaque avant son cancer ? Où est ce lié à son cancer, son traitement ?

Quand on prend en charge un patient atteint de cancer, ce qui importe en premier à l’équipe médicale et soignante c’est la question de sa survie.

Ce que nous voulons, c’est qu’après ses traitements, il puisse ensuite bénéficier du meilleur suivi possible pour prévenir toute complication qui pourrait avoir un impact sur sa vie et sa qualité de vie.

Notre étude va permettre de mieux comprendre les séquelles après-cancer mais également de construire des pratiques courantes, qui seront ensuite proposées à tous les patients et de façon nationale, pour diagnostiquer au plus tôt les séquelles, en proposant les bons examens au bon moment.

 

Concrètement nous voulons, dès la fin de l’étude, fournir une sorte de kit, un outil basé sur les recommandations nationales, qui sera un outil d’aide de prise de décision.

Cet outils permettra alors, en rentrant les informations de chaque patient, d’être alerté sur les actions à mener et pouvoir accompagner très rapidement chacun d’entre eux vers les spécialistes à consulter, les examens supplémentaires à mener et prévenir au plus tôt.

 

Même si des complications ou des séquelles ne sont pas systématiques, surveiller les patients et faire de la prévention après leur cancer reste la meilleure intervention à faire pour éviter la survenue d’autres maladies ou d’avoir un impact sur leur qualité de vie.

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